Je tiens à remercier Monsieur Kennouche Daddy de m'avoir gracieusement donné des documents très anciens sur l'histoire colliotte.
Comme Philippeville ( Skikda ), Collo a connu des jours de splendeur au temps des Romains. Sa rade bien abritée par la presqu’île d’EL-Jarda, avec des fonds de 25 mètres, était un abri sûr pour les bateaux de pêche ou de trafiquants qui venaient y aborder. Aussi, cette cité privilégiée à tant de points de vue, a eu une population nombreuse, qui, aux dires des historiens du Moyen Âge, était comparable à celle de Cirta « Constantine ».
Lorsque les Français prirent possession de la ville, ils trouvèrent une inscription portant qu’elle était COLONIOE MINERVIAE CHULLU :
Chullu fut tout d’abord une ville punique. Les auteurs anciens la mentionnent : Pline, Plolémée, l’itinéraire d’Antonin, Juluis Honorius et le géographe Ravenne.
A l’époque de Trajan, la ville était importante puisqu’elle devint Colonie. Elle formait avec Rusicada, Mileun et Cirta la confédération « Respublica IIII Coloniarum » qui fut dissoute au III ème siècle.
C’était la Chulli Municipium d’Antonin et la Hops Magnus de Ptolémie, d’où son nom actuel de Collo.
Au moment de la conquête, Collo avait deux ports, dont l’un était constitué par un étant qui se trouvait au Sud de la ville, et qui était séparé de la mer par une barre de sable de cent mètres.
Ce lac qui communiquait avec la mer, servait de port. Les galères impériales venaient s’y abriter.
On remarquait autrefois des vestiges romains qui pouvaient bien être des quais de débarquement.
Collo, était le siège d’un Evéché.
Au moment du schisme donatiste, il y eu même deux Evêques : Quillitanus et Fidentius.
Chose extraordinaire, cette cité magnifique et opulente n’a laissé aucune trace importante. On a supposé qu’un tremblement de terre avait englouti la cité.
Les écrivains latins nous parlent de Collo : Solin, Poponius Mela ; Ils racontent que Collo, ville industrielle avait la spécialité de la teinturerie. Ses étoffes pourpres égalaient les plus réputées de Tyr. Ses cuirs, ses bois de construction faisaient prime sur les marchés romains.
Les historiens Arabe constatent au XI ème siècle que sa renommée était encore solide. Au XIV ème siècle les Génommée et les Pisans achetaient des cuirs, des céréales et de la cire.
Léon l’Africain, dit de Collo « Il n’y avait pas alors par toute la côte de Tunis, cité plus opulente ni plus sûre, à cause que l’on y gagnait toujours en double sur les marchandises ». Marmol, au XVI ème siècle, disait également : « Collo était autrefois fort peuplée et avait de hautes murailles que les Goths rasèrent, après l’avoir conquise sur les Romains. Cependant on ne les a jamais rétablies depuis, quoiqu’il y ait grand commerce et force marchands et artisans. »
« Le peuple est courtois et civil ; on va y acheter de la cire, des cuirs et d’autres marchandises. La contrée, du côte de la montagne, abonde en blé, en troupeaux de toute sorte. Les habitants se maintenaient autrefois en liberté et étaient assez puissant pour se défendre des rois de Tunis et des seigneurs de Constantine. Outre que la plupart du pays est montagneux et peuplé de Berbères et d’Azuagues fort vaillants, de sorte qu’il n’y avait pas de ville plus riche ni plus assurée que celle-ci, car elle faisait 10 000 hommes de combat. Elle s’est depuis donnée aux Turcs qui y tiennent gouverneur qui dépend de celui de Constantine, lequel reçoit le revenu de toute la province et a soins que les habitants ne soient pas foulés. »
Un fait historique des plus importants dans l’Histoire de l’Afrique romaine se serait déroulé à Collo : Bocchus y aurait livré Jugurtha aux Romains.
L’historien Arabe Ign Khaldoun, raconte l’épopée du roi Pierre III d’Aragon, venu en 1282 faire la conquête de Collo et de la Province numidienne. Comparée avec la Chronique du Roi Pierre de Bernard d’Eseloi ; nous possédons ainsi sur cette aventure les renseignements les plus précieux :
Abou Baker Ibn Ouezir, gouverneur de Constantine en 1282, était vassal de Abou Isahac Sultan de Tunis. Il y avait une garde composée de soldats chrétiens mercenaires.
Il envoyait une émissaire au roi d’Aragon, avec une lettre où il affirmait que « s’il passait à Collo avec 800 cavaliers et 2 000 hommes d’infanterie, il lui livrerait Constantine qui non loin de Collo et de la mer de Stora.
Le capitaine chrétien porteur du message, revint à Cirta avec la promesse d’un embarquement pour Collo, le deuxième dimanche après Pâques.
Pierre d’Aragon, réunit une armée conforme aux directives d’Abou Beker, mobilisait une flotte formidable pour l’époque et partait de Tortose. L’amiral Ramon Marquet s’arrêtait à l’île de Mahon, mais les Sarrazins qui habitaient l’île envoyèrent un batiment à voile, des plus rapides pour prévenir les colliottes ; aussi lorsque le 28 juin 1282, la flotte ancrait dans la rade, la ville était vidée de ses richesses et de ses habitants ; le corsaire était arrivé 24 heures avant le roi d’Aragon.
Pierre III apprenait alors que son allié Bou Beker dénoncé au Sultan de Tunis, avait été surpris et décapité ainsi que ses partisans.
Le roi d’Aragon ayant débarqué son armée, ses vivres et ses munitions s’installait dans un camp près de la ville, et construisait des murs et des retranchement non lion d’un puits nommé Picca Boralta. Les soldats, ne pouvaient cependant dépasser l’oued Guebli.
Le castillan Montanes, historien de l’expédition raconte que le roi fit un jour une sortie, et après avoir taillé en pièces l’armée des Sarrazins, arrivait après trois heures de marche une ville magnifique déserte, mais pleine de richesse extraordinaire. Après un pillage complet, le roi fit brûler la cité amenant 2 000 bœufs et 20 000 moutons et chèvres.
Pierre III, aurait bien voulu marcher sur Constantine. Il voulut avoir l’appui et les encouragements du Pape. Il envoyait Guilhem de Conet, et quelques nobles barons porter une lettre au Saint-Père, et lui disait « Sachez O Saint Père, que nous sommes passés en Barbarie, et nous avons fait tout ce que nous étions capable de faire pour conserver ce que nous avons pris, lieu beau et fort, qui est la ville de Collo… »
Après avoir écouté les envoyés du roi d’Aragon, le Pape répondit simplement :
« Nous ne croyons pas qu’un si petit roi fut passé en Barbarie, ni que ses gens y aient conquis quelque chose. Le roi d’Angleterre celui d’Allemagne, le roi Charles et beaucoup de comtes, s’ils y étaient allés, n’auraient rien fait. »
Nantis de cette douche pontificale, les nobles, seigneurs revinrent à Collo et y trouvèrent une armée toujours ardente à la bataille, mais assoupie auprès des feux de bivouac.
Très peu de temps après leur retour, une ambassade de Siciliens débarquaient à Collo et offrait à Pierre III le royaume de Sicile qu’il revendiquait depuis longtemps. Le roi d’Aragon accepta avec empressement.
En trois jours, le camp fut levé, troupes, chevaux, artillerie et vivres furent embarqués ; et Collo fut incendié et détruit de fond en comble.
« Les archives de la compagnie sont remplies de plaintes au sujet de l’existence insupportable à laquelle étaient condamnés les officiers du comptoir de Collo.
Les Collins, comme on appelait les habitants, passaient pour les plus méchants de tous les Indigènes. Ils ne toléraient qu’une faible garnison turque. L’Agha qui y commandait, était sans autorité, et ils ne redoutaient ni le Bey de Constantine ni celui d’Alger. L’autorité appartenait à la Djemaa des notables. Les agents habitaient une maison sans défenses et vivaient là dans des transes continuelles. « Je ne vois, lit-on dans une lettre de 1746, que personne puisse tenir Collo, où les Maures feront le diable, si la Compagnie ne leur accorde leurs prétentions en sucre et en café et en autres choses. »
Cette maison était située au dessus de la Mosquée actuelle et s’appelait la maison du Consul « Dar el Consul »
Le 3 janvier 1746, l’agent Broude écrivait « Je suis forcé de vous représenter que depuis mois et demi, les Français qui sont à Collo, ne boivent que de l’eau et que la frégate de la Calle, n’a jamais pu trouver un moment de beau temps pour leur apporter un peu de vin, ce qui est de même presque tous les hivers. Lorsque cet article manque, le pays devient plus affreux aux domestiques… On a peine à trouver qu’ils y veuillent rester. Je vous avoue que c’est toute la satisfaction qu’ils peuvent avoir dans leur espèce d’esclavitude ».
Les colliottes n’acceptèrent jamais la construction de magasins, et le comptoir fut abandonné en 1745, puis repris et délaissé en 1748 par les agents dont la vie était épouvantable.
M. Hugues, agent actuel de la Compagnie, a été mille fois insulté ; il y a quelques années, il reçut un coup de fusil à la joue, dont il fut heureusement guéri. Il avait voulu se retirer. Les Arabes s’opposèrent à sont départ. Son successeur s’étant présenté, ils le reçurent si mal, qu’il n’eut que le temps de se rembarquer. »
« Le pays proprement dit de Collo, est une petite vallée où se trouvent 150 maisons à un seul étage, mal bâties en argile et en terre. Elles forment quatre villages, distant d’environ 400 pas l’un de l’autre, habilités depuis plus de 200 ans par des Maures qui s’y sont rassemblés de différentes nations de la montagne. Ces villages ont tous un nom particulier.
« Le premier et le plus éloigné de la marine s’appelle Berkaïde (Bir El Kaïd), le second l’Azouline, qui est le nom de la nation qui l’habite, le troisième Berdrouille ( Bir étouile) et le quatrième, la Jasde (El Jarda), qui est le nom de la montagne aurpès de laquelle le village est bâti…
Après le tableau peu flatteur et certainement poussé au noir par les Marseillais Hugues, on peut se demander ce qui pouvait rester aux colliottes pour ressembler encore à des hommes. Il leur restait la foi à leur religion.
La grande Mosquée qui existe toujours, et qui est le premier monument que l’on trouve à l’arrivée dans le port, a été construite en 1756 par Ahmed Ben Ali Roumanli, bey de Constantine, ancien janissaire, puis Agha de la garnison de Collo et surnommé El Colli.
Cette mosquée a été édifiée sur un ancien temple romain consacré à Neptune : 30 colonnes antiques, en marbre blanc ont été employées à son édification, et les jarres qui servaient aux ablutions des fidèles était romaines.
Lorsque les Français sont arrivés à Collo, il existait 15 petits marabouts. L’un deux aujourd’hui disparu attenant à un cimetière était proche d’une tombe qui existait encore en 1859 et qui contenait les restes d’un pacha d’Alger Charkan Ibrahim mort en 1711. Venant de Constantinople pour gagner son nouveau domaine, il dut relacher à Collo par suite du mauvais temps et y mourut.
Sur le sommet du Gouffi, se trouve le marabout de Sidi Achour qui a le don de faire pleuvoir.
A l’embouchure de l’oued Guelbi, le marabout de Sidi Ben Zouit existe encore. Celui de Sidi Mohamed des matelots et des pilleurs d’épaves.
Les indigènes, attachaient une lanterne entre les corne d’une vache pendant la nuit et trompaient ainsi les navigateurs qui venaient dans sa direction et se perdaient sur les rochers.
En 1842, un navire italien, le Falmar fut ainsi naufragé et son équipage prisonnier des Kabyles, ne fut délivré qu’après versement d’une rançon.
C’est à l’embouchure de l’oued Zhor que ce naufrage eut lieu. Cet oued aux eaux profondes et très fraîches a un affluent l’oued Abaïch ou les Français conquérants trouvèrent des truites. Depuis, un administrateur de la commune mixte de Chérïa avait fait venir de jeunes truites de France et en avait peuplé une autre rivière, l’oued Idjguen non loin du centre d’exploitation d’El Louloudj. On peut en trouver d’excellentes de nos jours encore.